Peux-tu te présenter et nous dire quelle est ton activité en quelques mots ?
Je m’appelle Emmanuel et je suis directeur artistique indépendant. Concrètement, ça veut dire que je gère la vision artistique et créative de n’importe quel projet, que ce soit un projet de communication ou une création d’entreprise. J’accompagne mes clients depuis la réflexion créative, et pas seulement sur l’exécution. C’est-à-dire que je leur pose des questions, je les aiguille sur quel type de visuel va mieux fonctionner avec leur activité, je les aide à prendre des décisions intéressantes et je leur propose des trucs chouettes.
Je fais donc de la création d’identité visuelle, de l’illustration, du motion et des sites internet : une fois qu’on a fait toute cette identité visuelle, je peux m’occuper de la retranscription en site internet, sur Webflow, principalement.
Raconte-nous un peu ce qui t’a amené à ce que tu fais aujourd’hui.
Au lycée, je voulais faire du visuel, mais c’était pas forcément le truc dans lequel j’étais le meilleur, ni où il y avait le plus de débouchés. Je me suis dit : “on va faire comme tous ces boloss qui savent pas ce qu’ils veulent faire, on va faire du commerce”. J’ai donc fait un DUT de deux ans en technique de commercialisation, puis une année de marketing, et je me suis dit que le marketing et la comm’, ça avait l’air un petit peu mieux. On s’est mis à faire du visuel, c’était franchement pas mal et finalement j’ai fait une boucle avec mon envie du lycée.
J’ai ensuite eu la chance d’être embauché par une boîte, une petite agence de comm’, et j’y suis resté six ans. J’ai repris la gestion de la boîte avec deux collègues à la fin, quand les fondateurs sont partis sur un autre projet, et je gérais les rendez-vous client, la création des briefs et on prenait les décisions à trois. Ça m'a donné comme une culture des enjeux de l’entreprise, qui m’aide beaucoup et vient combler, je pense, certaines lacunes que j’ai peut-être, comparé à des mecs qui sont peut-être un poil plus techniques que moi à mon âge.
Quand on a revendu la boîte et qu’elle a pris un tournant qui ne me plaisait pas du tout, car j’étais devenu un espèce de commercial, je me suis dit que je voulais la liberté de travailler pour qui je voulais et comme je voulais, même si ça voulait dire que je devrais travailler plus. Je me suis dit que je préférais ça plutôt que de travailler pour des gens qui méprisaient un peu mon travail. J’ai eu la chance d’avoir des gens autour de moi qui étaient indépendants, donc je savais que c’était possible. Et là, je suis indé depuis trois ans, et ça va faire quasi 10 piges que je fais ce métier.


Quelles sont les choses que tu préfères le plus au sein de ton activité ?
C’est difficile comme question. C’est une combinaison de choses, et que le dénominateur commun c’est la liberté de choisir. Même si c’est pas toujours vrai, parce que des fois t’es obligé·e d’accepter des trucs pour pouvoir manger, mais tu sais que globalement tu es libre de prendre toutes tes décisions. Et elles vont toutes participer à améliorer tes compétences, ton réseau, le type de contrat que tu prends et ta vie de manière générale. T’as une sensation de contrôle sur tout ce que tu fais que je trouve très agréable. Elle fait aussi que tu peux jamais trop te dire “je me pointe, je fais ce que j’ai à faire et je me casse” sans trop réfléchir, car t’es toujours en train de remettre en question ce que tu fais.
C’est aussi de pouvoir accompagner des clients de façon très pertinente, d’avoir la sensation de ne pas entuber les gens et de vraiment prendre soin d’eux, de les aider et de les accompagner, de faire des choses qui leur plaisent. Tu peux te permettre de passer du temps et d’aller en profondeur, de faire les choses bien et c’est ultra satisfaisant parce que c’est toi qui en retire tous les fruits.
Et bien sûr, travailler où on veut, quand on veut et avec qui on veut.
Quel conseil principal donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait se lancer à son compte ?
Le premier truc serait d’être capable de mettre son égo de côté. Parce que t’as pas de filet de sûreté, et tu vas être obligé de faire des trucs que t’aimes pas. En plus, quand on est indépendant, la relation qu’on a avec nos clients est encore plus importante. Parce que justement, tes clients te font bosser toi et pas une entreprise : il font bosser une personne. Je pense donc que c’est super important d’être capable d’avoir une relation saine avec son égo et toujours se demander comment on pourrait progresser et mieux faire.
Ensuite, c’est le truc le plus évident : de ne pas faire de la merde administrativement. Occupe-toi de tes finances, ne sous-estime pas les dépenses car tu as tout à payer toi-même : tes logiciels, ton matos, ton assurance, ta mutuelle, l’URSSAF…
Et dans mon métier particulièrement, y aller la fleur au fusil, sans expérience d’agence, je pense que c’est une très mauvaise idée. Se lancer sans aucune compréhension des enjeux d’une boîte, de comment gérer ce type de projet, ou des galères que tu peux avoir, c’est super complexe sans avoir quelques années d’agence. Et quand tu te mets tout de suite en indépendant, t’as pas de retour brutal à la réalité par rapport à ton niveau et t’as pas vraiment de point de comparaison.
Qu’est-ce que ça t’apporte personnellement au quotidien de travailler dans un coworking, et pourquoi as-tu fait ce choix ?
Deux choses. En premier : avoir un cadre et sortir le lieu de travail de chez moi. Se dire que tu peux externaliser la motivation, dans le sens où ce n’est plus une lutte constante pour rester motivé·e chez toi, parce qu’une fois que t’es ici, tu travailles, sinon ça sert à rien d’être là. Ça permet en plus de cadrer tes journées, car t’as un côté début et fin de travail, et j’ai l’impression d’avoir retrouvé une capacité de concentration longue.
Ensuite, la partie sociale m’apporte beaucoup, car c’est fatiguant d’être tout le temps chez soi au bout d’un moment. Être entouré·e de gens qui bossent, ça te motive et c’est du lien : tu rencontres des gens, tu rigoles, tu peux leur montrer ton taf, avoir leur avis et recevoir des conseils.
Là, j’ai jamais autant progressé dans mon métier que depuis que je suis au coworking, car ça donne envie de progresser et d’être meilleur dans ce que tu fais, sans compétition. Je le vois comme être entouré de gens chouettes que t’aimes bien, et ça te donne envie d’être à la hauteur parce que t’as envie de participer d’une certaine façon aussi à leur réussite. C’est un cocktail de plein de raisons très positives, je trouve.


Quels sont tes rêves professionnels, objectifs ou projets que tu aimerais développer ?
Pouvoir continuer à faire exactement ce que je fais, sans stress financier. Pouvoir bosser avec des gens si j’en ai envie, et si l’occasion se présente, pouvoir faire des plus grosses choses. Pouvoir me dire, par exemple, que si j’ai envie d’aider un copain YouTubeur à faire des affiches et des miniatures pour sa chaîne, je peux. Même si ça me rapporte quasi rien, j’ai trop envie de le faire sans avoir besoin de me justifier. Ou encore si j’ai envie de travailler sur des projets à moi.
Je crois que j’ai pas du tout envie de créer une boîte, de devoir rendre des comptes, même à des associés, juste parce que j’ai envie de pouvoir prendre mes décisions solo et de les assumer s’il le faut.
A long terme, ce serait d’avoir un atelier. Avoir une grande pièce, qui n’est pas chez moi, dédiée à la création, qui serait comme reliée à une activité d’artiste. A fabriquer des toys, à désigner. Comme l’illustration, c’est un truc que j’aime beaucoup et ça m’embête un peu en ce moment de pas avoir énormément de temps à dédier à ça.

Un livre, un podcast, un artiste, film ou créateur de contenu que tu aimerais nous recommander aujourd’hui ?
Je vais recommander la chaîne de mon pote, qui s’appelle Thomas Laurent, et qui fait de la vulgarisation archéologique et historique. C’est très stylé, il est très fort. Je recommande aussi un podcast de branding et design qui s’appelle Les Goûts et les Couleurs.





