Pourquoi j'ai quitté le télétravail pour un coworking à Strasbourg

Entrepreneure et développeuse web, j'ai longtemps travaillé de chez moi avant de co-créer un coworking à Strasbourg. Retour sur ce qui a changé.

Pendant longtemps, j'ai été convaincue que travailler de chez moi était le meilleur compromis possible. Un bon bureau, un double écran, du calme, zéro temps de trajet et juste le confort habituel de chez moi. En tant que développeuse web et co-gérante d'une agence, j'avais tout ce qu'il me fallait à portée de main. Et pourtant, au bout de quelques mois, quelque chose s'est mis à un peu coincer. Pas de manière brutale, plutôt comme un truc qui s'installe sans prévenir et que tu mets du temps à nommer.

Cet article, c'est l'histoire de ce basculement. De comment je suis passée du télétravail à la création d'un espace de coworking à Strasbourg, en passant par une pépinière d'entreprises et pas mal de remises en question. Si tu es freelance, en télétravail ou que tu te demandes si un coworking pourrait te convenir, j'espère que mon expérience pourra t'aider à y voir plus clair.

Le télétravail, c'était top. Jusqu'à ce que ça ne le soit plus.

Je vais être honnête : au début, le télétravail me convenait parfaitement. Quand on a lancé Studio Seja en 2022 avec mes trois associés, bosser de chez nous, c'était la solution évidente. On n'avait pas nécessairement les moyens de prendre des bureaux, et on n'en avait pas vraiment besoin de toute façon. En tant que geeks et développeurs.ses, on était bien équipés, chacun chez soi, et on se retrouvait de temps en temps dans des cafés-coworkings pour nos réunions ou pour avancer sur des projets ensemble. Voire même sur la terrasse chez l'un de chez nous quand il faisait beau (ça, j'avoue que c'était pas mal).

Le problème, c'est que le télétravail peut être très confortable et un peu traître en même temps. Parce que techniquement, tu as tout : le calme, ton propre espace, personne pour te déranger si tu vis seul.e. Mais au quotidien, tu finis par faire les mêmes gestes, dans le même décor, avec les mêmes murs autour de toi. La frontière entre ta vie perso et ton travail, qui était déjà floue en tant qu'indépendante, devient carrément inexistante. Tu te retrouves à répondre à un mail pendant que tu fais cuire des pâtes, à repenser à un bug en te brossant les dents le soir, et à commencer ta journée sans vraiment sentir qu'elle a démarré. La ligne devient de plus en plus floue.

Ce qui m'a le plus pesé, et ça m'a pris du temps à le formuler clairement, c'est l'isolement. Pas l'isolement social au sens dramatique du terme, parce que j'avais mes associés en vocal et des amis autour de moi. Mais l'isolement professionnel. Ce sentiment de ne croiser personne d'autre que ton propre reflet dans l'écran de veille de ton Mac. De ne pas pouvoir te tourner vers quelqu'un pour avoir un avis spontané sur un projet, ou simplement pour déjeuner avec un être humain qui comprend ce que c'est de jongler entre trois clients en même temps.

Il y avait aussi un truc plus subtil : en télétravail, tu es dans ta bulle. Tu bosses bien, tu livres tes projets, tu avances. Mais tu ne te confrontes pas. Tu ne vois pas comment les autres travaillent, tu n'entends pas parler de méthodologies différentes des tiennes, tu ne tombes pas par hasard sur une discussion qui va te donner une idée à laquelle tu n'aurais jamais pensé seule. En bref, tu stagnes un peu sans t'en rendre compte.

La parenthèse pépinière : le déclic

Le moment où j'ai vraiment compris ce qui me manquait, c'est quand on a rejoint la pépinière d'entreprises de Hautepierre fin 2023. On avait recruté un alternant en communication, puis un développeur en renfort, et il fallait un vrai lieu. On avait plus de finances, et un vrai besoin qui ne concernait plus uniquement nous, les quatre associés. On a pris un bureau dans cette pépinière gérée par le réseau Interfaces, et ce qui s'est passé ensuite a été un vrai accélérateur.

On avait notre propre espace, fermé, calme. Mais on partageait les parties communes avec des dizaines d'autres entreprises. Et c'est là que j'ai expérimenté quelque chose que le télétravail ne peut pas offrir : les rencontres non planifiées. Un café dans l'espace commun qui se transforme en échange sur un problème que l'autre entreprise a résolu la semaine précédente. Un atelier organisé par la pépinière où tu croises un entrepreneur qui va devenir ton client trois mois plus tard. Des discussions au détour d'un couloir qui te donnent du recul sur ta propre activité.

Notre réseau a littéralement explosé pendant cette période. Et j'ai réalisé un truc simple mais que je n'avais pas mesuré depuis mon bureau à la maison : être entourée d'autres personnes qui entreprennent, ça change tout. Pas seulement pour le business, mais pour toi, personnellement. Tu te sens moins seul.e face aux galères. Tu relativises quand c'est dur, parce que tu vois que les autres traversent les mêmes tempêtes. Et quand ça va bien, tu as des gens avec qui partager cette énergie !

Notre premier bureau à la Pépinière d'entreprises de Hautepierre !

Pourquoi pas simplement aller dans un café-coworking ?

On pourrait se dire : OK, tu avais besoin de sortir de chez toi, tu aurais pu aller dans un café-coworking et le problème était réglé. En vrai, j'ai essayé. Et pour certaines situations, c'est très bien. Se retrouver dans un cadre sympa pour une réunion ou pour avancer sur un projet spécifique, c'est top. Mais pour y passer 8 heures par jour, 5 jours par semaine, ça ne marchait pas pour moi.

Le bruit de fond permanent, les commandes des clients du café autour de toi, les conversations, parfois des enfants, tout ça finissait par me distraire. Je passais plus de temps à essayer de me concentrer qu'à réellement avancer. Et je ne suis pas la seule, deux de mes associés partageaient exactement le même ressenti. On avait besoin d'un vrai espace de travail, pensé pour bosser, pas pour consommer un café.

Ce qui m'a aussi manqué dans les cafés-coworkings, c'est la continuité. Tu croises des gens différents chaque jour, tu échanges trois mots, et tu ne les revois peut-être jamais. C'est agréable, mais ça ne crée pas de communauté. Tu ne construis rien avec ces personnes. Or ce que j'avais découvert à la pépinière, c'était justement la force de retrouver les mêmes visages, jour après jour, et de tisser des liens qui finissent par devenir des partenariats, des amitiés, des projets communs.

Ce qu'un coworking a changé concrètement dans ma vie

Quand on a ouvert Station Seja en février 2025, dans cet appartement lumineux place Gutenberg, je ne savais pas exactement ce que ça allait donner. On avait une intuition, celle que réunir notre écosystème de partenaires dans un même lieu pouvait créer quelque chose de fort, mais l'ampleur de ce que ça a changé m'a surprise.

La routine du matin. J'habite à dix minutes à pied du coworking. Ce trajet, aussi court soit-il, marque une vraie coupure avec la maison. En télétravail, je passais du lit au bureau en trois mètres. Maintenant, je marche, je traverse le centre de Strasbourg, et quand j'arrive place Gutenberg, je suis dans un autre mode. C'est un détail, mais ça change complètement la manière dont je démarre ma journée. C'est peut-être bête, mais ce trajet me rend heureuse.

La fin de la solitude professionnelle. Se tourner vers quelqu'un pour un avis sur un design, demander à un collègue du digital s'il a déjà rencontré un bug similaire, ou simplement déjeuner avec des gens qui comprennent ton quotidien d'entrepreneur.e, ça n'a pas de prix. Je ne me suis plus jamais sentie seule dans mon travail depuis qu'on a ouvert ce lieu.

La montée en compétences. Je l'ai déjà évoqué dans d'autres articles, mais je le redis parce que c'est probablement l'impact le plus concret : depuis que je travaille entourée d'autres professionnels du digital, j'ai l'impression d'avoir progressé plus vite qu'en deux ans de télétravail. Quand tu côtoies au quotidien des experts en marketing, en photo, en développement mobile, tu absorbes des choses presque malgré toi. Tu te confrontes à des façons de penser différentes, et ça te pousse à être meilleur.e.

Les opportunités. Des projets qu'on n'aurait jamais décrochés si on avait été chacun dans notre coin. Des recommandations spontanées entre résidents. Des partenariats qui se créent parce que deux personnes qui bossent dans le même espace se rendent compte qu'elles sont complémentaires. Ce genre de choses, ça arrive naturellement et spontanément lorsque l'on partage un quotidien.

Le télétravail n'est pas le problème, c'est l'absence de collectif

Je ne veux surtout pas donner l'impression de cracher sur le télétravail. C'est un mode de travail qui convient très bien à beaucoup de gens, et il m'a convenu pendant un moment. Certains de mes associés sont d'ailleurs encore de grands fans du travail à distance, et c'est très bien comme ça.

Ce que je veux dire, c'est que pour moi, ce qui manquait n'était pas un bureau ou une connexion internet. C'était un collectif. Des gens autour de moi qui font des métiers proches du mien, qui traversent les mêmes étapes entrepreneuriales, qui peuvent m'inspirer et que je peux inspirer en retour. Le télétravail m'offrait la liberté, mais pas cette émulation.

Et c'est là que le coworking prend tout son sens, à condition de trouver le bon. Pas un open space anonyme avec 200 bureaux et un distributeur de café. Pas un café bruyant où tu croises des inconnus chaque jour. Un lieu à taille humaine, avec des gens que tu choisis de côtoyer et avec qui tu partages plus que des mètres carrés. Ça, c'est mon truc.

C'est ce qu'on a voulu créer avec Station Seja, et c'est ce que je vis au quotidien depuis plus d'un an maintenant. Si quelqu'un m'avait dit, quand j'étais tranquillement assise à mon bureau chez moi en 2023, que deux ans plus tard je gérerais un coworking en plein centre de Strasbourg et que ce serait l'un des trucs les plus épanouissants de ma vie, je ne l'aurais probablement pas cru.

Mais c'est exactement ce qui s'est passé.

Photos du coworkingAtelier coworking Station Seja