Je ne me suis jamais dit : “un jour, je créerai un coworking”
Bon, en même temps, je ne m'étais jamais dit non plus qu’un jour j’allais créer une agence web. Ni même que j’allais me reconvertir dans le développement. A la base, je voulais juste être prof des écoles, moi…
Imaginer un lieu, l’aménager, lui donner vie et le peupler d’êtres humains qui veulent y travailler, c’est pas rien. Ca paraît demander beaucoup de temps, un investissement financier, de s’y connaître bien, d’avoir peut-être une expérience dans la gestion d’espaces communautaires ou d’y être au moins habitué·e. Mon associé Jordan, lui, avait déjà la vision depuis longtemps. Il est de ce genre de personnes qui pensent sincèrement qu’on peut tout faire. Il peut voir un truc cool, comme le fait de bosser dans un coworking, et plutôt que de se dire “chouette, on va en intégrer un”, il y voit une opportunité d’aller encore plus loin. De créer un truc à vraie valeur ajoutée pour nous, mais aussi pour ceux qui nous entourent.
Derrière la Station Seja : l’agence Studio Seja
Parce qu’avant de prendre une seconde casquette de gérante d’un coworking, je portais déjà fièrement celle de co-créatrice d’une agence web, et c’est là que se trouve la genèse.
Un peu de contexte…
L’histoire est simple, et telle que je la raconte à chaque fois que je rencontre des entrepreneur·e·s en devenir au détour d’un afterwork. Une amitié à quatre têtes qui se forme en école de développement web, il y a déjà quelques années maintenant. Steve, Emilien, Jordan et Anaïs, qui deviendront les 4 lettres de Seja, c’est nous. A l’époque, on était aussi bons dans notre capacité à fuir les cours qui nous intéressaient le moins pour jouer à Valorant, qu’on était excellents dans nos projets d’étude. Je le dis sans crainte : on était les meilleurs de notre filière. Déjà alors, nos projets étaient les plus aboutis, les plus léchés, les plus documentés, les plus beaux visuellement.
La manière avec laquelle on est passés de ce groupe de potes à une vraie entreprise qui tourne depuis septembre 2022 et qui n’a de cesse d’évoluer, mériterait un article dédié. Déjà parce que j’en suis fière, et avec toute l’humilité du monde, je pense que notre histoire entrepreneuriale, dans nos réussites comme nos erreurs, peut servir à beaucoup d’entrepreneurs en devenir. Mais ce n’est pas le sujet.
Un premier pas dans l’environnement communautaire & entrepreneurial
Si on avait parfaitement la capacité de bosser depuis chez nous, bien équipés en postes de travail et doubles écrans à la maison, on savait que ça n’allait pas nous convenir très longtemps. Dès qu’on a commencé à rentrer pas mal de projets et à se sécuriser une certaine régularité financière, on a cherché une occasion de prendre des bureaux.
On était trois sur quatre à ne pas trop aimer fréquenter les cafés-coworking, du moins pour y bosser en autonomie. Personnellement, je trouvais ça très pratique de se retrouver dans un cadre sympa pour nos réunions ou pour avancer sur des projets spécifiques, mais j’avais du mal à me concentrer avec l’activité ambiante. Pour 90% de mon temps de travail, je préférais donc le calme de mon bureau, chez moi, pour avancer sur mes tâches.
Puis, notre équipe s’est temporairement agrandie en fin 2023 avec un alternant en communication, puis un développeur junior en renfort d’un afflux tendu de projets. C’était le bon moment pour prendre des locaux, et au milieu de nos process de recrutement, nous avons rejoint la Pépinière d’entreprises de Hautepierre, gérée par le réseau Interfaces. Notre réseau a fait une croissance exponentielle à ce moment-là et on s’est rendus compte de la puissance d’un espace de travail communautaire. On avait notre propre bureau, mais on partageait les espaces communs, salles de pause, de réunion, avec d’autres entreprises, toutes aussi innovantes et différentes les unes des autres.
Je conseille par ailleurs à quiconque qui en aurait l’opportunité, de faire un passage par la case pépinière au début de son projet entrepreneurial. Non seulement c’est game-changer de sortir l’espace de travail de chez soi, mais l’aspect social et le réseau que tu rejoins avec ses ateliers, conférences, afterworks et autres événements sont de vrais accélérateurs. Beaucoup des résidents ont fini par devenir nos clients, et en tant que fier·e·s alumnis de la pépinière, c’est toujours un plaisir de renouer avec ce réseau encore aujourd’hui, lorsque nous avons l’occasion.
Reprendre un bureau, full télétravail… ou autre chose ?
Après être restés un an à la pépinière, il a fallu se décider collectivement sur ce qu’on souhaitait pour notre agence en termes de lieu de travail. On a hésité quelques semaines, pendant qu’on épluchait les offres immobilières de bureaux professionnels. Est-ce qu’on met du budget dans un loyer mensuel pour avoir notre propre espace, ou que finalement, économiser en travaillant de chez nous n’est pas une meilleure idée ? Ou peut-être se retrouver régulièrement dans un espace de coworking ?
Aucune des solutions n’apparaissait comme étant satisfaisante à 100% pour nous quatre. Deux de mes associés étaient de grands fans du télétravail, donc louer un local pour se retrouver à deux paraissait comme un coût peu rentabilisé. D’un autre côté, travailler de chez soi n’était pas une option satisfaisante pour le troisième associé, qui avait pris ses habitudes aux Compotes, un café-coworking du Neudorf. Quant à moi, j’adorais ce tiers-lieu, mais je me laissais sans cesse distraire par l’activité ambiante, les commandes des clients, les enfants, ou simplement les discussions autour de moi.
Les rencontres, les premiers partenariats et la naissance d’un écosystème
En parallèle de tout ça, nous nous étions peu à peu retrouvés entourés par d’autres petites agences et freelances du digital. En effet, après deux ans d’activité et de rencontres spontanées au détour d’espaces de coworking ou d’événements, nous avions noué des liens et des partenariats avec des gens aussi sympas que bons dans leurs métiers.
Je tiens un peu à m’arrêter sur l’importance de bien s’entourer quelques instants. Quand on parle de réseau, j’ai un peu tendance à me représenter ce terme comme une toile tissée autour de toi. J’y trouve une connotation impersonnelle et intéressée, comme si tu laissais entrer quelqu’un dans ton réseau seulement pour ce qu’il ou elle t’apporte financièrement. Et en vrai, ce serait une vision trop naïve de se dire qu’il n’y a pas un peu de ça, en fin de compte l’objectif de chaque entrepreneur·e est de réussir. Mais puisqu’on est libre dans le choix de nos mots, je préfère utiliser des termes comme écosystème pour désigner l’entourage qu’on s’est naturellement constitué au fil des années. Ou s’il existe un mot situé à mi-chemin entre réseau et communauté, je choisis celui-là. Des réseaux professionnels, on en a plusieurs, on connaît leurs règles et leurs avantages. Une communauté, c’est autre chose, de plus fort et de collectif, et à ce moment-là de notre parcours, on y est pas encore.
Donc oui, écosystème est une bonne expression pour qualifier cet entourage. A la fin de l’année 2024, il y a nous, Studio Seja, agence de développement web, spécialisée dans la conception de sites et d’applications web. Et autour de nous, il y a des personnes ultra talentueuses qui font des métiers satellites au nôtre. Des experts en marketing, en développement mobile, des graphistes, monteurs vidéo, et plus encore. Et lorsqu’on a un prospect ou un client qui a besoin de plus qu’un site, on fait intervenir l’un·e d’eux. La perspective d’une réussite collective est déjà présente dans notre manière de travailler. La collaboration sur des projets communs se fait naturellement, sincèrement, et les personnalités matchent tellement bien qu’on se rend compte qu’on se fait des amis en même temps qu’on développe notre entreprise.
Créer notre propre coworking, et puis quoi, encore ?
Je l’ai déjà révélé au début de ce texte, mais mon associé Jordan avait la vision depuis longtemps. Aussi tôt qu’à la création de l’agence, il nous parlait de son envie de créer un café-coworking. Évidemment qu’en 2022, on a ni les fonds, ni la confiance pour se lancer dans un tel projet, alors ni Steve, ni Emilien, ni moi-même, ne considèrent l’idée sérieusement. Mais au fil de 2024, Jordan persiste et merci à lui, d’ailleurs, d’être aussi visionnaire que convaincu, car sans lui Station Seja n’aurait même pas eu la chance d’être considéré comme quelque chose de seulement possible.
En décembre 2024, la partie “café” de “café-coworking” a été délestée au profit d’une idée simple : créer un coworking privé pour nous et notre entourage. J’entends encore la voix d’une ou deux personnes qui nous dit, à Jordan et à moi, si on serait pas chauds pour prendre des bureaux assez grands pour qu’ils viennent bosser avec nous.
A ce moment-là, je suis déjà convaincue de l’idée. J’ignore comment on va faire, ni combien ça va nous coûter d’investir en temps et en trésorerie, mais la perspective est incroyablement séduisante. Donc on a fait comme ce qu’on a toujours fait depuis 2021, on a tenté l’aventure.
La naissance d’un écosystème d’agences et d’indépendants du digital
Les choses sont allées très vite. En décembre, on lance officiellement notre projet de coworking, en janvier on visite une bonne dizaine de lieux et à la mi-février on pose nos meubles au 2 rue des Hallebardes, dans un 145m² lumineux avec vue sur la cathédrale et la place Gutenberg. Wow.

La création d’un lieu en ultra-centre de Strasbourg
Nos premiers résidents sont nos partenaires, et rapidement le monde amène le monde et l’espace est déjà à moitié occupé alors qu’on est encore en train de fixer des meubles aux murs et de réfléchir à faire installer une callbox.
Celles et ceux que j’appelle les coworkers originels nous aident à hisser le mobilier jusqu’au 4ème étage, car l'ascenseur est trop étroit, sans surprise puisqu’en centre-ville les immeubles sont aussi beaux qu’alambiqués. Ils nous aident à décorer, à donner à cet appartement déjà très stylé au naturel, une personnalité qui nous ressemble tous. Pendant les premières semaines, le coworking ressemble plus à une colocation de jour que l’idée que l’on se fait d’un espace de travail partagé. Il n’a même pas de nom — tout le monde l’appelle le cowork’ — et on ne trouve absolument pas le temps de lui faire une place dans notre communication sur les réseaux. Puis, il se remplit au fur et à mesure avec de nouvelles personnes que nous rencontrons, qui viennent rejoindre la communauté qui se crée petit à petit, au fil de l’année 2025.
La puissance de réunir des personnes talentueuses
Si on me demande la valeur ajoutée de Station Seja, je réponds sans hésiter : ses résidents. Je n’ai jamais côtoyé longtemps d’autres coworkings, donc j’ignore si on retrouve la même vibe partout ailleurs. Mais une chose est sûre, c’est que si on retire toutes ces incroyables personnes de leurs postes de travail, on se retrouve avec pas grand-chose. Certes, on a aménagé ce très bel appartement avec tout notre cœur, pour qu’il soit aussi confortable que pratique, et j’en suis super fière. Sauf que des espaces de travail qui ont été aménagés et décorés par des personnes qui ont probablement plus d’expérience que nous dans l’architecture d’intérieur, ça ne doit pas manquer dans les grandes villes.
Alors que travailler à plusieurs sur de gros projets, que certain·e·s n’auraient pu accéder autrement, au sein d’un même espace, ça a une valeur inestimable. Pouvoir se rendre service, créer des partenariats sur le long terme, mutualiser nos compétences et nos réseaux professionnels, tout ça ce sont des choses qui accélèrent sans aucun doute possible la croissance de son entreprise. ll y a un avant, et un après.
C’est facile à imaginer après coup, mais avant de le vivre, je n’aurais pas pu concevoir l’impact que ça pouvait avoir de mettre tout un tas de talents dans un même lieu et de nous voir nous améliorer constamment. Lorsque j’ai interviewé Manu pour son portrait de résident sur ce site, que je vous conseille de lire par ailleurs, il a dit un truc qui a résonné en moi. Il a dit que depuis qu’il nous avait rejoints, il n’avait jamais autant progressé dans son métier et que le fait d’être entouré de gens chouettes lui donnait envie d’être meilleur dans ce qu’il faisait. Je me suis rendue compte que ça avait été exactement la même chose pour moi. J’ai l’impression d’avoir glow up dans mon métier encore plus rapidement, avec plus d'aplomb, depuis qu’on partage nos bureaux avec d’autres entrepreneur·e·s.
Aujourd’hui, je mesure la chance que j’ai
Cet article, c’est entièrement moi, Anaïs, qui l’écrit en mon nom propre, et c’est symboliquement le premier morceau de nous sur ce carnet de bord du coworking. J’ai souhaité vous parler de la raison d’être de Station Seja, de pourquoi cet espace a vu le jour, du projet derrière, mais par le prisme de mon expérience personnelle et de mes sentiments. C’est pourquoi j’en profite pour remercier toutes celles et ceux qui ont rendu ça possible.
L’entrepreneuriat est loin d’être un long fleuve tranquille, et si tu es indépendant·e ou chef·fe d’entreprise toi aussi, tu le sais aussi bien que moi. Même lorsque ton entreprise vit une belle croissance d’année en année, c’est une charge mentale que tu dois porter chaque jour. Tu travailles plus que si tu faisais le même métier dans le salariat, et même avec tous les prévisionnels du monde, tu ne sais jamais à 100% de quoi demain est fait. Mais avec mes associés, sur qui je peux compter quoi qu’il arrive, et avec la communauté qui s’est créée autour de notre coworking, je ne me suis jamais sentie aussi épanouie.
Je me souviens encore du sentiment un peu bizarre que j’avais le dimanche soir, il a des années, et de la boule au ventre du lundi matin. Le fait d’avoir inconsciemment associé les mots travail et pénible, alors que pourtant j’avais choisi mon poste et que je ne lui reprochais pas nécessairement grand-chose. Je m’en souviens encore très bien, mais quand je compare à mon quotidien actuel, c’est le jour et la nuit.
Sur les dix minutes à pied qui séparent la place Gutenberg de chez moi, je me demande chaque matin qui sera au coworking ce jour-là. Je me réjouis du fait que je vais pouvoir déjeuner à midi dans la bonne humeur, prendre un café avec un·e tel·le et parler d’un nouveau projet ou d’un truc absolument pas relié au travail, ou encore juste être contente de travailler dans une osmose et une concentration partagée. Si je commence ma journée de mauvaise humeur, lorsque j’arrive sur place, mes émotions négatives dégonflent comme un ballon.
Ce qui m’amène à être très reconnaissante de tout ça. Merci du fond du cœur à mes associés pour avoir rendu possible la création de ce lieu. Merci aux coworkers originels, qui nous ont suivi dans l’aventure depuis le début et qui ont façonné Station Seja de leurs personnalités. Merci à toutes celles et ceux qui ont suivi, que j’ai rencontré·e·s grâce à ce lieu, et qui tous ensemble contribuent collectivement à faire de cet appartement un lieu d’échange et de croissance.
Et si tu me lis et que ça t’intrigue, que ça te donne envie de rejoindre notre écosystème, n’hésite pas un seul instant.







